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Publié par Velidhu

Un été au kansai de Romain Slocombe

A ce propos - et tu sais que je n'apprécie guère la race hébraïque - il me paraît difficile, et sur ce point je finirai par me ranger à ton opinion, de continuer de se voiler la face plus longtemps. Il s'agit en effet de plus de deux cent cinquante mille citoyens de notre pays qui disparaissent progressivement dans un "Est" lointain, vague et énigmatique dont, pour autant que je sache, nul d'entre eux n'est encore revenu pour dire comment les choses se passent là-bas.

Un été au kansai de Romain Slocombe

La guerre vue par les perdants. Pour nous, la guerre vue par les envahisseurs. La peur, ils la connaissent aussi. Des doutes sur les chances de rester en vie des juifs envoyés dans les camps du grand Est, ils en ont aussi. La peur de ne pas avoir de nouvelles de leur famille les tiraille aussi.

À travers ce roman épistolaire, entre un frère affecté à l’ambassade d’Allemagne au Japon et sa sœur restée en Allemagne, Romain Slocombe nous fait découvrir avec quelle naïveté certains Allemands travaillant pour le Reich perçoivent la guerre. L’Allemagne, la grande puissance et son Fuhrer guide charismatique à l’ambition démesurée et les autres, les fanatiques qui tuent, déciment des populations entières, torturent tous ceux qui, pour le régime, ne sont pas dignes de vivre. Barbarie non combattue par peur de représailles. Les dissidents aussi sont envoyés aux camps.

Friedrich Kessler diplomate en poste à l’ambassade d’Allemagne à Tokyo et intellectuel amoureux des arts, écrit régulièrement à sa sœur. Dans ses lettres, il décrit son quotidien au Japon, pays allié dans ce combat mondial, mais dont les habitants se méfient des étrangers. Il évoquera la beauté du pays, ses amours, ses doutes face à l’idéologie nazie, ses peurs. Au travers de cette correspondance, nous suivons la vie de Liese ainsi que des citoyens lambda en Allemagne, les privations, les viols par les soldats russes, le froid, la maladie, les courses pour se mettre à l’abri à chaque retentissement de l'alarme. Friedrich lui, tout d’abord spectateur distant de cette guerre jusqu’à ce que les Américains prennent le Japon pour cible. Et les attaques qui se multiplient jusqu’à ce 6 août 1945 et cette bombe larguée sur Hiroshima.

« Un été au Kansai » est un magnifique roman, très touchant. Il nous rappelle que l’ennemi, cette nation contre laquelle nous nous battons est certes composée de soldats et de chefs de guerre, mais aussi de civils qui aspirent à la paix et subissent le conflit. Ce qui saute aux yeux dans ce roman c’est que la peur de mourir et de perdre sa famille est universelle, peu importe le camp dans lequel nous nous trouvons.

Ce roman rejoint ma catégorie « Coup de cœur » pour l’écriture, recherchée tout en restant abordable, pour le plaisir qu’il m’a procuré à la lecture et pour le personnage de Friedrich qui m’a beaucoup plu.

Livre reçu dans le cadre d'une Masse Critique Babelio, un grand merci à eux ainsi qu'aux éditions Arthaud.

Un été au Kansai de Romain Slocombe

Paru le 2 septembre 2015 aux éditions Arthaud

ISBN : 978-2-0813-0079-8

362 pages

19.90€

Un été au kansai de Romain Slocombe

L'auteur :

Après des études d'art, Romain Slocombe participe à l'aventure artistique du groupe Bazooka, notamment au tout début de celle du magazine Métal Hurlant (années 70), pour lequel il produit des œuvres naviguant entre bande dessinée et illustration. Ses thèmes de prédilection se focalisent rapidement autour du Japon, auquel il s'est intéressé dès sa prime jeunesse, et le bondage, avec des jeunes femmes (infirmières et japonaises) attachées (auquel et auxquelles il s'est intéressé plus tard). Ses modes d'expression sont multiples: bande dessinée, dessin, peinture, illustration, photographie, cinéma, essais et roman, ce dernier que cela soit pour la jeunesse ou pour un public plus large.

Romain Slocombe a exposé ses œuvres graphiques en France comme à l'étranger (New York, Londres, Stockholm, Tokyo, Bologne...). L'expression romanesque semble avoir occupé une proportion importante de son énergie créative dès 2000 avec la parution de quatre romans – formant une tétralogie nommée La Crucifixion en jaune – jusqu'en 2006, avec comme (personnages et) éléments principaux : un photographe britannique (que l'on espère ne pas ressembler trop à son géniteur), Gilbert Woodbrooke, spécialisé dans la photographie érotique de jeunes japonaises dans des costumes militaires, le Japon: certains aspects controversés de son histoire moderne, sa culture alternative, ainsi que les yakuzas, de jeunes japonaises, objet des fantasmes artistiques et sexuels de Woodbrooke, victimes désignées de la fatalité et de la maladresse, les catastrophes inévitables, relatives à l'agrégat des trois éléments précédents.

Ces livres mêlent avec talent une intrigue de type roman noir avec, à chaque fois, des pans de chapitres dédiés à une approche de type historique, d'ailleurs documentée: la secte Aum, l'Histoire du Japon, en particulier ses exactions en Chine à partir de 1937 et pendant la Seconde Guerre mondiale.

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Mimi 13/10/2015 16:12

Une critique qui me rappelle le roman "Seul dans Berlin", dont le thème est la guerre vue par des Allemands. Merci du partage.