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Publié par Velidhu

Photo : Recueillement à Paris deux jours après les attentats de Paris ©Thomas Morel-Fort/hanslucas.com

Photo : Recueillement à Paris deux jours après les attentats de Paris ©Thomas Morel-Fort/hanslucas.com

Le plus pénible maintenant, c'était d'être seul chez soi, tout le temps, à ne rien faire ou presque. L'appartement était devenu son ennemi, sans cesse il semblait désigner Nicolas et le convier à admettre qu'il n'aurait jamais dû se trouver là, en cet endroit, à cette heure, sur cette chaise, dans ce fauteuil, sur ce lit, affalé devant cet ordinateur ou télévision. Les déjeuners par exemple, qui constituaient une transition naturelle, un sas légitime dans la journée bien remplie de n'importe quel travailleur, stigmatisaient pour lui l'infinie lenteur d'heures passées sans aucun projet, sans aucune perspective, la répétition ininterrompue d'une même vacuité, un mitan douloureux où la moitié de la journée était encore à affronter alors que l'autre moitié venait à peine de péniblement se conclure.

Avec Tout ce dont on rêvait, François Roux nous montre comment le chômage modifie la perception que l’on peut avoir de nous. Il nous dépeint aussi le quotidien d’un couple qui s’unit plus par raison que par amour.

Une histoire passionnelle, puis un mariage de raison

Justine aime la fête, elle enchaîne les liaisons sans lendemain jusqu’au jour où elle rencontre Alex. Il est très séduisant, et elle tombe immédiatement sous le charme. Mais le jeune homme aime séduire... 20 ans plus tard, Justine est mariée avec Nicolas, le frère d’Alex. Plus discret, que son frère, il a su conquérir Justine. Le couple mène une vie tranquille jusqu’au jour où Nicolas perd son emploi. Au fur et à mesure que les mois passent, l’homme perd confiance en lui et les liens qui unissaient le couple semblent se distendre.

Tout ce dont on rêvait de François Roux

Tout ce dont on rêvait aborde 2 thèmes, le chômage et l’amour.

Commençons par l’amour qui au début du roman se traduit par une forte passion. Justine est complètement sous le charme d’Alex qui lui est encore très immature. Elle ne vit que pour leurs rendez-vous, alors qu'il se contente de l'appeler épisodiquement. Cette histoire sera classée sans lendemain et c’est une Justine mariée et mère de deux enfants que l’on retrouve 20 ans après cette première rencontre. Elle aura choisi d’épouser le frère d’Alex. Plus sérieux, l’homme est fortement épris de son épouse, mais un spectre rôde... celui d’un amour que l’on a pourtant tenté d’étouffer. Difficile toutefois d’oublier un homme qui fait partie de la famille.

Le chômage est le drame de ce roman. Nicolas cadre dans une grosse entreprise, se fait remercier. Les mots sont clairs, il faut optimiser les coûts, le lean management vient de mettre un terme à 20 ans d’une carrière brillante. Le bourreau de Nicolas prend la forme d’un jeune salarié sans scrupule qui lui renvoie l’image de ce qu’il n’a jamais su être. Nicolas quitte l’entreprise avec comme seul bagage, un stage de coaching personnalisé et ses indemnités de chômage. Les mois passent, la confiance baisse, les amis se font rares, les relations de travail font partie du passé et la pression sociale se fait de plus en plus forte. On assiste à lente dégringolade d’un homme, à qui un jour on dit qu’il faisait partie des « âgés », dur à comprendre à 44 ans.

Tout ce dont on rêvait de François Roux, c’est une satire du monde actuel. De l’employé interchangeable, des certitudes qui s’ébranlent, de la perte de confiance en soi, de la reconnaissance sociale que nous vaut notre situation professionnelle. Ce roman aborde également des histoires de famille, de jalousie et de domination.

J’ai beaucoup aimé cette lecture et ai même été agréablement surprise par la façon dont a été abordé le sujet. Je m’attendais à lire un roman d’amour basé sur une histoire de jalousie et je me suis retrouvée plongée dans une histoire beaucoup plus profonde qui aborde plus d’un sujet de société.

A noter, la fragilité des personnages qui semblent chercher leur équilibre sur un fil que le vent ballote comme bon lui semble. Même les personnages secondaires ont des failles qui apportent encore de la profondeur à ce roman.

Pourquoi cette lecture ?

Il s'agit d'une lecture en partenariat avec les éditions Albin Michel. J'ai choisi ce livre dans leur catalogue de la rentrée littéraire 2017. Je dois dire que plusieurs titres me tentaient et que ça m'a semblé très compliqué d'arrêter un choix. J'ai donc opté pour le roman que l'attachée de presse m'a suggéré. Comme je n'avais jamais rien lu de François Roux, j'ai décidé de découvrir cet auteur au travers de ce roman dont le 4ème de couverture me tentait.

Tout ce dont on rêvait de François Roux

Paru le 5 janvier aux éditions Albin Michel

EAN13 : 9782226391926

336 pages
20.00€

Commenter cet article

Casscrouton 12/02/2017 13:11

C'est un roman que je ne connaissais pas du tout mais ton avis me donne vraiment envie de le découvrir. Je n'ai jamais rien lu qui touche le sujet du chômage alors que ça m'intéresse pourtant. De surcroit mêlé au thème de l'amour, ça m'a l'air vraiment intéressant !

Velidhu 14/02/2017 09:44

C'est ça, pour moi, c'est pareil. En littérature on aborde souvent les extrêmes : les gens qui ne bougent pas de leur canapé, les cas "sociaux" comme on dit. Mais ici, c'est moins cliché.

manou 12/02/2017 09:48

Et nous sommes heureux de profiter de ton choix car la façon dont tu nous parles de ce roman contemporain nous donne envie de le découvrir à notre tour. Le sujet est d'actualité et nous ne pouvons qu'avoir envie de rencontrer ce couple et de partager un peu de leur désillusion. Je le note donc sur ma liste. Merci Audrey et bon dimanche

Velidhu 14/02/2017 09:42

Bon dimanche Manou.

Bernieshoot 12/02/2017 09:42

Un sujet de société traité avec une belle plume

Velidhu 14/02/2017 09:42

Oui, de belles longues phrases comme on en voit de moins ne moins souvent.

Mimi 11/02/2017 21:31

Une belle critique qui donne envie de s'attacher à Justine et Nicolas. Ils vivent, hélas, ce que de nombreuses personnes traversent de nos jours. La confiance en soi, dans ces cas là, est extrêmement menacée...

Velidhu 14/02/2017 09:41

Oui, c'est triste. Bien faire son travail n'est plus le facteur essentiel pour rester dans une entreprise. Ca a été remplacé par des tas d'autres composantes sur lesquelles les salariés n'ont aucun contrôle.